Le tremblement, la peur et l’hypnose,
par le Dr Claire Michel

Le tremblement essentiel est à la fois trouble du mouvement et à la fois répercussion dans des difficultés du quotidien. Parfois, il s’associe à des éléments de peur du regard des autres, de peur d’être exclu, voire de phobie sociale. Depuis les temps anciens, l’homme doit sa survie à une organisation en groupe : l’homme vit en troupeau. Le pire châtiment fut longtemps le bannissement du groupe. Personne ne veut vivre en dehors du groupe : chacun veut avoir sa place au sein de la communauté. Etre exclu du groupe éveille en nous, une peur ancestrale et profonde : être jugé, regardé comme différent, non reconnu pour qui on est : voilà les bases du retrait ou pire de la phobie sociale. Cette émotion profonde de peur tient sa place dans des structures cérébrales profondes : les amygdales cérébrales. On retiendra de ces structures amygdaliennes qu’elles sont intimement liées aux centres de la mémoire (hippocampe) et modulées par les perceptions (cortex sensoriel) : deux voies d’abord intéressantes pour le geste thérapeutique hypnotique.

Depuis la Renaissance, la médecine est une science de la mesure : on pèse, on calcule. C’est une médecine des preuves. La conscience rationnelle, la pensée logique est rassurée. Désormais, la médecine peut être apprise de façon reproductible et logique. Précision, efficacité, rapidité sont les maîtres mots. Le tremblement essentiel est appris comme une pathologie du thalamus, du cervelet, du tronc cérébral, des noyaux gris centraux et du cortex moteur. Ce tremblement essentiel est une pathologie du mouvement.

Mais au quotidien, il est bien plus : c’est aussi une pathologie de sensations d’oscillations, de modulation de précision du geste, de regard des autres et d’insertion dans notre société compétitive et productive.

Et voilà que l’hypnose prend place dans l’histoire. Au XVIIIème siècle, avec le médecin allemand Franz Anton Mesmer et le magnétisme animal ; et bien sûr, au XXème siècle avec Milton Erickson (1901-1980) qui révolutionne la vision moderne de l’hypnose.

Cette hypnose est définie par le comité exécutif de l’association américaine de psychologie comme étant une procédure durant laquelle un professionnel de la santé suggère à un patient une expérience subjective de modification des sensations, des perceptions, des pensées et des comportements. Tout en étant à la fois, un état naturel de l’être et une procédure thérapeutique qui vise à apporter des modifications, l’hypnose nous permet de faire une expérience sensorielle.

Cette expérience est voulue pour changer le regard du patient sur son problème afin de rendre son problème plus vivable, plus « écologique » avec son quotidien. L’hypnose permet d’activer notre neuroplasticité. Elle est avant tout, expérientielle. C’est un langage, une communication qui s’appuie sur l’absorption de toute la conscience. En captivant l’attention du patient, en le faisant passer d’une perception consciente à une perception plus globalisée, le patient ressent autre chose. Le processus de transmodalité s’enclenche, les neurones apprennent de nouvelles données, de nouvelles interprétations. Le cerveau apprend, le cerveau retient : la mémoire fait de nouveaux liens entre un problème et une nouvelle sensation pour court-circuiter la voie de la peur. Etrange phénomène que nous côtoyons dans « la transe » hypnotique, dans cette rêverie dirigée qu’est l’hypnose, ce voyage du patient et du thérapeute. Peut-être, en analogie, pourrait-on dire que le thérapeute est comme un pianiste qui accompagne un soliste (le patient) et se laisse inspiré de sa muse. La bonne question à se poser dans la relation thérapeutique hypnotique est de savoir si vous avez l’oreille musicale ou plus simplement l’oreille médicale ?

Dr Claire MICHEL, Neurologue, Neurophysiologiste, membre de notre Conseil Scientifique,
Certifiée en hypnose médicale par l’institut Milton H. Erickson d’Avignon-Provence, Acquisition du diplôme universitaire de la Salpétrière et l’association Française pour l’étude de l’hypnose médicale (AFEHM).